Trame et tram

Silvie Defraoui

Silvie Defraoui intervient sur les trois arrêts successifs de la commune de Lancy, Quidort, Petit-Lancy et Les Esserts. Cette œuvre en trois parties se déroule comme une séquence en trois temps, dans le travail d’une artiste qui a été une pionnière de la vidéo. Sauf qu’ici, ce n’est pas l’image qui est en mouvement, mais le spectateur, usager du tramway.

En venant prendre connaissance de ces sites, Silvie Defraoui a constaté l’intense sollicitation visuelle à laquelle nous sommes soumis sur ces lieux de passage et d’attente, très encombrés par le mobilier, la signalétique et la publicité. C’est ce qui lui a donné l’idée de concevoir une proposition qui offre au regard un espace de repos, de promenade visuelle et d’évasion.

Silvie Defraoui a observé qu’en ville, aux arrêts de tram, la plupart des gens regardent par terre “probablement pour se reposer et suivre le fil de leurs pensées. A la campagne, on regarde les nuages qui passent”. Cela l’a conduite à développer des dessins géométriques au sol, réalisés avec la peinture utilisée pour la signalétique routière, tels des “tapis sur asphalte”. Ces entrelacements de lignes plus ou moins denses ne se lisent pas comme une image fixe mais comme un réseau labyrinthique que le regard peut suivre et dans lequel il peut se perdre à l’envi.

L’artiste explique qu’elle s’est intéressée au sol de ces lieux de passages et d’attente où les signes de circulation horizontaux, les lignes blanches, les passages piétonniers, constituent une sorte de langage officiel directif auquel on obéit, que l’on soit en voiture ou à pied. Cela lui a donné envie de créer un contrepoint, dans ce langage même, un intervalle de liberté. Rien de subversif, dit-elle, mais un petit espace sans contrainte, une aire d’évasion qui attrape le regard et l’entraîne ailleurs.

Sa volonté était de travailler dans la simplicité, de ne rien imposer, mais d’évoquer la beauté des traitements ornementaux des pavements dans les villes du Sud, alors qu’en Suisse le sol est négligé.

Cette installation sur trois sites répond en outre à une attente formulée par la commune de Lancy : celle d’identifier son territoire par une reconnaissance visuelle. L’artiste a recherché pour ces trois arrêts une unité dans la variation : les projets sont différents, tout en gardant les mêmes caractéristiques, à savoir trois niveaux de motifs dans trois épaisseurs de ligne, qui constituent ensemble “une mélodie dont les strophes varient”, pour reprendre les termes de l’artiste.

Cette œuvre s’inscrit par ailleurs parfaitement dans l’usage et l’expérience des transports publics, qu’elle transforme sensiblement. Pensée pour un moment d’attente, la promenade du regard précède celle du voyageur, alors que l’on peut également découvrir l’œuvre en cours de voyage depuis le tramway.

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Photographies: Serge Frühauf